Sabazius

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Alpha
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Sabazius

Post by Alpha » Fri Jan 26, 2018 6:32 pm

ARCHIVES DU PRIEURÉ DE SION
4. RELIGIONS
pp 239-240

XXVII
Sabazius

Au IIe siècle avant notre ère, des émigrés juifs en Thrace et en Phrygie se trouvèrent en contact avec la religion de Sabazius, qui présentait quelque rapport avec la leur. Outre que ce dieu coupé en sept morceaux pouvait évoquer les sept jours de la semaine, un double calembour s'établissait aisément entre Sabazius, le sabbat du septième jour, et Sabaoth, titre du dieu des juifs. La colonie juive donna au dieu syncrétique le nom de Sabas et vécut ainsi en paix aussi bien avec la mère patrie qu'avec les Phrygiens.

De cette communauté judéo-phrygienne naquit Anan secrétaire du roi Abgar V et qui nous est mieux connu sous son nom de saint Luc, troisième Évangéliste. Ayant réintégré la Palestine en adepte de Jésus-Christ, l'Apôtre règle le sort de Sabas par un nouveau calembour dans ce texte où le seigneur traverse un champ de blé In sabbato secundo primo. Les traducteurs qui croient encore que « Sabbat » est un jour de la semaine ne voient pas du tout de quelle fête juive il peut s'agir. D'aucuns disent que c'est le premier sabbat suivant le second pour les jours des pains sans levain, d'autre que c'est le second sabbat suivant le premier jour, d'autres enfin qu'il doit y avoir là une erreur de copiste qui ne doit pas figurer dans l'Évangile. En fait le message de Luc est fort clair qui considère Jésus en sa qualité de Second Sabas devenu le Premier. De même doit-on traduire que le Fils de l'Homme est « maître de Sabas » et non pas « maître du sabbat » qui ne veut strictement rien dire.

Au temps de l'avancée chrétienne, la doctrine juive se faisant plus rigide comme il arrive dans les états de crise, la collaboration Sabaoth-Sabas fut assez mal jugée pour que les sabaziaques constituent une hérésie du judaïsme, c'est-à-dire un domaine ouvert à l'évangélisation.

Une part des sabaziaques rejoignit aisément les adeptes d'Orphée, Osiris, Tammuz et des dieux dépecés que le christianisme accueillait pour leur aspect eucharistique. Une autre part s'intégrait plus directement au christianisme par le culte de l'agneau découpé en chiche-kebab qui tourne sur le feu. Tertullien s'inspire d'une telle rêverie quand il voit l'origine de la croix dans deux baguettes, l'une qui embroche l'agneau, l'autre, transversale, qui l'immobilise.

Quand Sabazius eut entièrement disparu de la culture européenne, on vit en lui l'image même du diable selon le scénario usuel qui assimile les mauvais esprits et les dieux vaincus. Jusqu'au XVIIIe siècle, on vit les réunions de sorcières porter indifféremment le nom de « sabbat » ou de « sabasies ». Le calembour avait changé de signification où il s'agissait de confondre le sabbat de sorcières et le sabbat des juifs tout en sachant fort bien que lesdites réunions étaient rarement hebdomadaires. Par ailleurs, on peut verser au dossier de l'antisémitisme cette hypothèse de grammairiens que le sabbat des sorcières vient du verbe « s'ébattre » quand le sabbat des juifs vient du verbe « se reposer ».

PIERRE PLANTARD

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